Le mois dernier, j’ai eu le privilège de mettre en application les attentions personnalisées que j’avais imaginées pour la première célébration de vie personnalisée qui m’a été confié à la fin de l’année 2025, alors que je venais tout juste de me joindre au Département des moments (DDM). Après plusieurs mois d’échanges courriels et d’appels téléphoniques avec une femme ayant perdu son mari l’été dernier, j’ai été très ému de constater que la cérémonie que nous avions préparée, pour célébrer la mémoire de son époux et père de ses enfants, a été un tournant dans le deuil qu’elle porte depuis son départ.
Les coulisses et les doutes de l’organisation
Je dois l’avouer, j’ai eu ma part de découragement et de frustration à certaines étapes du processus d’organisation. J’ai dû composer avec des changements de plans, de lieux et des variations d’humeurs parfois. Il n’y a malheureusement pas de recette miracle ou de coup de baguette magique qui pourra pallier à la perte d’un être cher. Ce sont la compassion et l’empathie qui nous ramènent sur le droit chemin afin de garder le cap sur la lumière et la douceur que l’on veut offrir aux personnes endeuillées. J’ai su me ressaisir. Plutôt que de penser à moi et mes propres embûches, je me suis dit que cette femme était simplement habitée par le souci de bien organiser l’hommage à son mari. J’avais donc très hâte de passer à l’exécution après tous ces mois de préparation et d’enfin donner vie à ce moment!
La métamorphose de la salle : créer un cocon de douceur

Voici donc ce qu’on a réalisé lors de cette journée forte en émotions. Avec l’aide de ma précieuse collègue Stéphanye, nous avons commencé par transformer l’ambiance de la salle de réception. Celle-ci était plutôt neutre et impersonnelle, mis à part la présence de deux pianos et de grandes fenêtres laissant entrer la lumière naturelle. Nous avons utilisé les pianos pour y disposer des fleurs, des photos et des objets représentatifs du défunt, le tout complété par des accessoires qui apportent la touche signature du DDM. Nous avons ensuite ajouté des vignes artificielles pour camoufler en partie un conduit d’aération et créer un prolongement visuel vers l’extérieur, puis troqué les néons pour des guirlandes lumineuses. Un écran a été intégré au cœur de cette mise en scène pour diffuser le diaporama de la personne célébrée. Enfin, quelques « poush-poush » de la bruine d’ambiance DDM ont suffi pour chasser l’odeur de renfermé qui flottait à notre arrivée. Oh, et nous avons également préparé une pièce secrète, où a été dissimulée une chaise qui reviendra plus tard dans l’histoire.


L’art de personnaliser une célébration de vie
Avant de poursuivre, une petite parenthèse s’impose. Lors de nos entretiens, en réponses à notre questionnaire ludique et touchant, auquel nous faisons souvent référence au DDM, la femme du défunt m’avait confié plusieurs détails marquants. Parmi ses confidences : une des odeurs préférées de son mari était le pin, son dessert favori était une tarte de sa mère et ses lectures de prédilection étaient… des manuels d’instructions! C’était un homme passionné par les plans d’eau et les engins à moteurs qui était toujours en mode solutions pour régler des problèmes techniques ou améliorer des installations. Elle m’a aussi raconté qu’ils étaient fans de Star Trek et que, bien avant d’avoir leurs enfants, lors de lendemains de veilles, après un copieux déjeuner, ils relaxaient en regardant Norm Abram dans l’émission This Old House à PBS; une série télé où le protagoniste rénove des meubles ou les fabrique de toute pièce. Fin de la parenthèse!


Un mini-manuel d’instructions et des clins d’œil uniques
Nous avons donc accueilli les invités en leur remettant une épinglette en forme d’avion – un très beau geste de la famille en guise de clin d’œil à la carrière d’ingénieur aérospatial du défunt – ainsi qu’un programme de la cérémonie. Ce dernier prenait la forme d’un mini-manuel d’instructions inspiré des projets de confection de Norm Abram, plus particulièrement celui d’une chaise Adirondack. Ce livret présentait l’horaire de la journée, les matériaux nécessaires pour fabriquer ce type de chaise, la nomenclature des pièces et une invitation à signer le livre d’or. Pour l’occasion, le registre était représenté par un cahier de notes Star Trek aux couleurs de l’ingénieur en chef du célèbre vaisseau.

Une chaise Adirondack pour réparer les cœurs
Une fois les hommages terminés, nous avons reçu les convives dans la salle métamorphosée. L’ambiance était portée par une musique folk et rock; deux saveurs de mocktails aux glaçons décorés; des bouchées variées et la reproduction du dessert inspiré de la recette maternelle. Pendant ce temps, j’avais demandé à mes complices (les enfants du couple) de faire venir des duos à tour de rôle afin de compléter le montage d’une chaise Adirondack en pin. Nous l’avions préalablement fait teindre et traiter en remplaçant les vis originales par une quincaillerie plus noble et technique, fidèle aux choix qu’un ingénieur aurait faits pour l’améliorer. Cet objet venait faire le pont entre les souvenirs au chalet, le côté iconique de cette chaise qu’on retrouve près des quais et en bordure de plans d’eau, le manuel d’instructions adapté à la journée et inspiré d’un réel projet présenté à l’émission de télé que le couple avait tant regardé. Mais surtout, cela permettait à la majorité des gens sur place de participer de façon tangible. En donnant quelques tours de tournevis pour assembler la chaise, ils manifestaient leur soutien et présence dans ce processus de deuil. Les enfants ont mis la touche finale, en fixant une petite plaque à la mémoire de leur père, avant de dévoiler la surprise à leur mère qui n’avait rien vu aller dans la petite pièce adjacente.



La certitude d’être à ma place
Je ne sais pas si c’est moi qui ai choisi ce métier ou le métier m’a choisi. Cependant, après les remerciements si sincères et les superbes messages de cette femme avec qui je collaborais depuis des mois, j’ai eu la certitude que j’étais exactement à ma place. J’ai compris que la patience, la rigueur – et au risque de me répéter – la compassion, allaient être des alliés précieux pour le futur.
Je ne raconterai pas chaque moment réalisés en détail comme je viens de le faire, mais il me tenait à cœur de poser des mots sur celui-ci. En plus de sa valeur symbolique en tant que première expérience autonome, il illustre concrètement ce que le Département des moments et son équipe peuvent accomplir pour faire du bien aux gens. Je tiens à remercier chaleureusement mes collègues Jean-Pier Gravel et Stéphanye Thibault pour leur aide et leur accompagnement, ainsi que la famille pour sa confiance et sa précieuse collaboration.


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